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Le site des recherches fondées sur les pratiques psychothérapiques |
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Méta-analyse
ANDREWS G. HARVEY R.
Does psychotherapy benefit neurotic patients ?
Arch. Gen. Psychiatry. 38 (11), 1981 : 1203-1208
Traduction : Dr Jean-Michel THURIN ©
La recherche sur lefficacité des thérapies psychologiques est difficile, et les études sur les patients réels qui ont suivi un traitement ne sont pas communes. Les plaintes des patients réels ne coïncident pas toujours avec les critères dinclusion ; leurs demandes conduisent souvent les thérapeutes à séloigner des protocoles de traitement ; leur compliance est souvent faible. Cela signifie que virtuellement toutes les études sur les populations cliniques sont méthodologiquement biaisées. Les études portant sur des sujets sélectionnés à partir de populations normales à cause de leur score de mesure élevé à la phobie des rats ou à la peur de parler sont différentes. Cest seulement dans de telles études que la recherche évaluative devient méthodologiquement parfaite. Dans ces études, le trouble est léger, les buts sont clairs, les traitements sont simples et les patients sont compliants. Dans des études de ce type, la recherche évaluative de traitement approche le top en terme de facilité de la recherche psychiatrique exploratoire. A ce niveau, la principale tâche de la psychiatrie nest pas dexpliquer un comportement, mais dassister en le changeant. Cest pour cela, quen dépit de ses biais, la connaissance sur le résultat des thérapies psychologiques avec des patients réels est particulièrement importante, pas seulement parce qu’elle a été gagnée à grand frais.
En faisant la revue des résultats dun large ensemble dessais contrôlés, les thérapeutes, les patients, les traitements et les mesures de résultats varient tellement que le résultat dans le détail représente souvent un effort insurmontable pour lesprit humain qui sy attelle. Ce qui se produit souvent est que celui qui réalise la revue cherche à mettre de lordre dans le chaos en écartant ou en se détournant progressivement de certaine études sur des bases méthodologiques jusquà ce quil obtienne un petit lot détudes gérables dont il pense quelles représentent le juste état de la question. Des données intéressantes sont ainsi souvent écartées et une sélection de biais peut modifier le résultat. Une technique pour synthétiser la connaissance existante à propos de la psychothérapie a été désepérément recherchée. Dans une première tentative, Luborsky et collaborateurs [1] examinèrent 40 études de psychothérapie chez des patients issus de la clinique. Ils utilisèrent une simple méthode de vote pour dégager les résultats en faveur dun traitement ou dun autre et conclurent que la psychothérapie était efficace. Cependant, leur technique ne permit quaux questions les plus simples dêtre explorées.
Glass [2] introduisit la technique de la méta-analyse pour aider à lintégration des résultats des études de recherche. La rationalité de la technique de méta-analyse se situe comme suit. Les symptômes des patients venant se faire soigner sont rangés suivant une échelle de sévérité ; les scores de symptômes des patients individuels seront normalement distribués autour du score dun patient moyen. Une répartition aléatoire des patients dans des groupes de traitement et de contrôle va produire deux groupes avec une distribution semblable des symptômes. Après thérapie, la condition du groupe traité se sera améliorée davantage que celle du groupe de contrôle, et une mesure de lefficience (effectiveness) se situe dans la distance qui existe entre les distributions de symptômes dans les groupes de contrôle et de traitement à ce moment. Celle-ci est mesurée en unités SD et est appelée taille deffet (effect size). Elle est indépendante des propriétés de mesure de léchelle utilisée, quil sagisse dune liste de symptômes, de lévaluation de symptômes psychiatriques ou de la preuve dune adaptation sociale. Cest la comparabilité des mesures de taille deffet, dérivée de différents indicateurs de résultats, qui permet aux études de pouvoir être comparées par des techniques statistiques ; létude, et non le patient individuel, devient la base de lanalyse.
Utilisant la définition de la psychothérapie de Meltzoff et Kornreich [3], Smith et Glass ont étudié les résultats de 375 études contrôlées de psychothérapie. Comme Luborsky et al. [1], ils conclurent quil existait une évidence convaincante de lefficacité des psychothérapies. En moyenne, létat du patient typique, après psychothérapie, était meilleur que celui de 75% des personnes non traitées. Ils élargirent ensuite la base de données en y incluant 100 nouvelles études [5] et arrivèrent à des conclusions similaires. Cet article fut suivi dune critique considérable. Il fut considéré que les résultats pouvaient être remis en question par la présence de nombreuses études analogues et détudes qui portaient sur des patients atypiques qui navaient pas de raisons cliniques dentrer dans les essais. Cest ainsi que les 475 études impliquaient des populations très différentes, allant des patients psychiatriques traditionnels jusquaux étudiants et personnes sollicitées par annonce pour participer à une étude. Cest ainsi que, pour résoudre cette question de savoir si les résultats originaux étaient biaisés par la présence de ces patients atypiques, nous obtînmes une copie des données de 475 études contrôlées. Elle fut réanalysée, le temps restreignant lanalyse aux études de patients névrotiques qui avaient participé à un traitement.
Méthode
Dans les données originales, seulement 46% des études concernaient des patients souffrant de névroses, de vraies phobies et de troubles émotionnels-somatiques, le type de patients qui habituellement recherchent une psychothérapie. Les autres concernaient des pseudo phobies, des psychotiques, des délinquants, des criminels, ou des toxicomanes, des personnes handicapées et des personnes normales. A un autre niveau, seulement 22% des études concernaient des patients qui sétaient engagées dans un traitement en tant que personnes cherchant à faire une psychothérapie, cest à dire, qui avaient recherché ce traitement elles-mêmes ou par quelquun de référence, tandis que 78% des études concernaient des clients envoyés ou sollicités pour un traitement, directement ou par annonce.
La présente analyse sest efforcée dinclure uniquement les études de personnes qui seraient allées normalement chercher une psychothérapie. Cest ainsi que les critères de Smith et al. ont été utilisés pour sélectionner les patients qui présentaient des névroses (incluant les névroses phobiques), les troubles dépressifs ou les troubles émotionnels somatiques, et avec comme second critère davoir sollicité le traitement elles-mêmes ou davoir été envoyées en traitement. Quatre-vingt uns essais contrôlé de névrosés qui avaient recherché une psychothérapie ont ainsi été identifiés [8-88]. Aucune de ces études na été codée comme une étude analogue.
Les calculs de taille deffet de Smith et al. furent utilisés sans vérification indépendante. Pour chaque mesure de résultat dans chaque étude, ils avaient calculé la mesure standard damélioration, la taille deffet. Elle était calculée comme la différence entre les scores moyens dune mesure de résultat chez les patients traités et chez ceux qui appartenaient aux groupes de contrôle, et en divisant cette différence par la déviation standard des scores du groupe de contrôle pour cette mesure. La théorie sous-tendant la taille deffet statistique considère que les scores de résultat sont normalement distribués et quil ny a pas deffet de seuil. Dans le cas idéal, une taille deffet de +1.0 indique que la personne moyenne dans le groupe de traitement (qui a eu le même score de symptôme avant le traitement que la personne moyenne du groupe de contrôle) pourrait être considérée comme montrant une amélioration après traitement par rapport à 84% du groupe de contrôle, un gain de 34 % en pourcentage absolu. Les distributions (skewed) et les effets de seuil affectent le calcul de la taille deffet, mais pas au point dinvalider la technique [89]. Des descriptions complètes de la technique pour le codage des détails des études et pour le calcul des tailles deffet peuvent être trouvées dans les publications originales [4,5].
Une taille deffet fut calculée à partir du résultat de chacune des variables rapportées. Comme les tailles deffet devaient être mesurées au moins une fois après la fin du traitement et pour plus dune variable de résultats, de nombreuses études produisaient plus quune taille deffet. En fait, 292 tailles deffet furent calculées à partir des 81 études contrôlées. Les tailles deffet des différentes études devinrent des variables dépendantes dans la méta-analyse. Les éléments des études qui devinrent des variables dépendantes sont présentées dans le tableau 1 et la plupart des codages proviennent dauto-questionnaires. Ils ne furent pas tous testés dans cette ré-analyse, mais la liste complète est donnée pour maintenir le sens des données originales. Le type de traitement fut classé par les auteurs originaux en utilisant un schéma de trois grandes approches de psychothérapie. Nous fîmes une modification à ce schéma. Sur les bases de similarité de concept et de similarité de population cible, nous avons reclassifié le conseil centré sur le client avec dautres thérapies de conseil plutôt quavec les psychothérapies verbales.
Résultats
Caractéristiques des études
Ces résultats concernent donc un sous échantillon des données originales. Il sagit de 81 essais contrôlés publiés entre 1941 et 1976 et portant sur 2202 personnes présentant des plaintes névrotiques ayant sollicité un traitement. 88% avaient des névroses ou de vraies phobies et 12% des plaintes somatiques émotionnelles. Aucune étude ne concernait seulement des dépressifs.
La moyenne dâge était de 30 ans (intervalle de 7 à 52 ans). 50% étaient de sexe masculin. Les trois quarts étaient jugés ou connus comme ayant une intelligence moyenne, et un quart comme ayant une intelligence au dessus de la moyenne. Seulement 3% des sujets se situaient aux extrêmes du statut socioéconomique, cest à dire au chômage ou avec des revenus indépendants. 52% des chercheurs étaient des psychiatres, 28% étaient psychologues, et 20% travaillaient dans léducation. Le thérapeute moyen (dans 25% des cas, le chercheur faisait la thérapie) avait une expérience de quatre ans (écart de un à quinze ans), léquivalent dun doctorat de psychologie ou dune formation complète de psychiatre. Deux tiers des études avaient été conduites dans un cadre de soin et la plupart des autres dans des lieux déducation.
La qualité du design de la recherche peut être jugé à partir des données suivantes. Dans 94% des études, les sujets étaient orientés de façon aléatoire soit vers des groupes de traitement soit vers de groupes de contrôle dans lesquels ils étaient inclus. Le phénomène dattrition des sujets était faible, et 85% des études avaient perdu moins de 15% de sujets au moment de lévaluation. La plupart des études évaluaient les conditions des sujets à la fin de la thérapie, et 57% des tailles deffets étaient calculées à partir de mesures recueillies à ce moment. Pour 71 tailles deffet lintervalle dévaluation du traitement se situait entre 1 et 13 semaines (moyenne, 9 semaines ou deux mois) ; pour 56 tailles deffet, il se situait entre 14 et 250 semaines (médiane, 39 semaines ou 9 mois après la fin du traitement).
Soixante dix-sept pour cent des traitements étaient conduits comme des psychothérapies individuelles. La durée moyenne de la thérapie était de 15 heures (moyenne, 17,8 heures ; écart, de une à 100 heures). Vingt-neuf pour cent des tailles deffet concernaient des thérapies de une à neuf heures, 33% de dix à 19 heures, et 38% des thérapies prenaient 20 heures ou plus. La thérapie durait en moyenne 15 semaines (écart, de une à 102 semaines).
Dans 25% des études, le chercheur faisait la thérapie, dans 66% il connaissait la composition des groupes mais ne faisait pas la thérapie, et dans seulement 9% il était aveugle à leur statut ; il ny avait cependant pas dindication que labsence daveugle ait conduit à une inflation de la taille deffet, la moyenne des tailles deffet étant respectivement de 0.68, 0.71, et 0.93, respectivement pour les trois niveaux dinvisibilité (F =2.0, P = .14). Vingt-cinq pour cent des mesures de résultat étaient des auto-mesures danxiété ou de symptômes, et 36% étaient de mesures danalyse de ladaptation globale. Les autres mesures utilisées étaient des mesures destime de soi, de symptômes somatiques et dadaptation sociale et au travail. Contrairement à létude originale [5], il ny avait pas de corrélation significative dans les données présentes entre la taille et la sensibilité de ces différents résultats de changement.
Résultat de la psychothérapie
La moyenne des 292 calculs de mesures deffet fut de 0.72. Cela signifie que pour les névroses, le sujet moyen après traitement avait des scores supérieurs à ceux de 76% des sujets du groupe de contrôle évalués au même moment. Léventail des tailles deffet se distribuait de -0.79 à 2.93. Dans lensemble des données, la moyenne des 1448 tailles deffet pour les patients non névrotiques qui avaient suivi un traitement était de 0.87, ce qui est plus important que celle du présent échantillon de névrosés, mais pas de façon significative (F=3,4, P=.07).
En ce qui concerne les grandes classes de psychothérapies, les thérapies verbales avaient une mesure deffet de 0.74, les thérapies comportementales de 0.97, et les thérapies de développement de 0.35. Les différences entre chacune des grandes classes de psychothérapie étaient significatives (P<.001). les nombres et les moyennes de la taille deffet pour chaque classe de traitement sont donnés dans le tableau 2. il y eu 28 tailles deffet extraites détudes dans lesquelles un groupe traité par placebo était comparé avec un groupe de contrôle non traité. la taille deffet moyenne pour le placebo était de .55. les psychothérapies verbales et comportementales étaient supérieures au traitement placebo ; les thérapies développementales ne létaient pas.
Est-ce que les psychothérapies ne bénéficient quà ceux qui vont globalement bien ? Existe-t-il une relation entre le nombre dheures de traitement et lamélioration ? Combien de temps les bénéfices obtenus durent-ils ? Ce sont toutes des questions importantes. La population clinique traitée variait détude en étude, et il ny avait pas de mesure commune de sévérité. Cependant, 31% des tailles deffet provenaient de patients traités dans le cadre dune école ou dun collège ; 45% étaient des patients ambulatoires suivis dans une clinique, un centre de santé mentale, ou en pratique privée ; 20% étaient des patients traités à lhôpital. On considère généralement que cet éventail de lieux de traitements serait parallèle à laccroissement des niveaux de sévérité et de maladie. Les 11 tailles deffets de traitements dans dautres lieux et les 28 tailles deffet relatives à des traitements par placebo furent exclues et les relations entre les 251 tailles deffet restantes et les trois variables (sévérité en fonction du lieu de soin; heures de thérapie, et intervalle traitement - suivi) furent explorées.
La taille moyenne deffet pour les cas dans les collèges et écoles était de 0.67, pour les patients ambulatoires de 0.76 et pour les patients hospitalisés de 1.00. Une analyse de variance de cette augmentation de lefficience avec les patients les plus atteints était significative (P=.02). La taille deffet moyenne pour la psychothérapie brève (écart de 0 à 9 heures, moyenne cinq heures) était de 0.68, pour les thérapies courtes (écart de 10 à 19 heures, moyenne 12 heures) elle était de 0.73, et pour les thérapies de 20 à 100 heures (moyenne, 30 heures) elle était de 0.86. Une analyse de variance de cette relation entre amélioration et heures de thérapies natteignait pas la signification statistique (P=.09). La taille deffet moyenne à la fin de la thérapie était de .76, pour des mesures prises à une moyenne de deux mois plus tard elle était de .82, et pour des mesures prises à une moyenne de 9 mois après traitement, elle était de .71. Ces relations, distinguées par classes de psychothérapies, sont présentées sur la figure. Quand ces quatre variables étaient rapportées à la taille deffet, 17% de la variance était expliquée, 15% par le type de traitement seul. Il ny avait pas de variance additionnelle expliquée par les interactions entre le lieu, les heures, la durée de suivi et/ou le type de traitement.
Commentaire
Pour éviter les biais de sélection, Smith et al. obtinrent de sources publiées et non publiées le plus détudes possibles. Malheureusement, les 475 études nétaient pas représentatives de la pratique psychiatrique. Les critères utilisé pour sélectionner le présent sous-ensemble détudes sont cohérents avec les réalités de la pratique psychiatrique, mais même avec ces restrictions, la littérature publiée de 1976 nétait pas encore un miroir de la pratique.
La seconde question est de savoir si la technique de méta-analyse est appropriée. Le concept original de calcul de la taille deffet est valide et lidée dutiliser cette mesure standardisée damélioration comme une variable dépendante quand on a un pool détudes est attirante. La question principale est de savoir si une distribution faussée, des effets de seuil, ou dautres déviations de la normalité invalident la procédure. Ces questions ont été argumentées de façon convaincante par Smith et al., et quand ces questions ont été examinées dans des populations définies, les techniques de méta-analyse se sont révélées satisfaisantes.
La question méthodologique la plus importante et la plus sérieuse reste labsence de données sur la sévérité ou le diagnostic. Par exemple, la connaissance que les thérapies verbales ou comportementales sont supérieures pourrait être invalidée si les études concernant les thérapies de conseil savéraient uniquement pratiquées sur des cas sévères ou intraitables.
Les données examinées suggèrent une autre situation. Les thérapies verbales et comportementales étaient plus généralement appliquées au traitement de cas psychiatriques et les thérapies de développement à des problèmes dadaptation.
Il existe dautres différences entre les thérapies dynamiques verbales ou comportementales. Selon létude de McCord, le conseil peut bien soutenir et conforter, mais il ne peut soigner, au moins dans le sens déquiper la personne de nouvelles capacités de faire face à de nouvelles difficultés. Cest ce que les thérapies dynamiques et comportementales accomplissent, avec lobjectif de laisser le patient avec de nouvelles techniques pour comprendre et affronter de nouvelles crises. En fait les développements cognitifs des thérapies comportementales font apparaître que lécart qui les sépare des thérapies psychodynamiques se réduit rapidement. La situation concernant la durée du traitement avec les psychothérapies comportementales et verbales est similaire. Bien que les différences dans la durée soient significatives (ki2 = 10.6, P<.01), les exceptions sont fréquentes. en fait, un tiers de thérapies comportementales et la moitié des psychothérapies verbales durent plus de 20 heures ; au contraire, un sixième des thérapies verbales et un tiers des thérapies comportementales prennent moins de 10 heures.
Principaux acquis
Il y a trois résultats principaux dans cette étude. ils concernent lextension de la supériorité du groupe traité, la stabilité de lamélioration et le nombre dheures requis pour obtenir ce résultat.
Le premier indique un gain général de 26% dans léchelle chez les groupes traités par rapport aux groupes non traités. Savoir si cela est cliniquement important est difficile à déterminer. Les changements sur le GHQ de cette ampitude seraient cliniquement importants, mais la plupart des études ont utilisé des échelles moins bien validées. Les traitements placebo et les thérapies de conseil ont généré des tailles deffet de 0.5 SD. Les psychothérapies dynamiques traditionnelles et comportementales ont généré une taille deffet moyenne de 0.86. Ce changement devrait être significativement important sur la plupart des mesures.
Le second résultat est que lamélioration produite était stable dans le temps. Les données étaient croisées et ne donnaient pas dargument que cela puisse être un artefact car les études avec des résultats initialement faibles avaient cessé de suivre leurs patients. La stabilité relative du résultat ne signifie pas que les patients ne rechutent pas ; certains le font, les conditions dautres continuent à saméliorer, et certains restent exactement au même point quils étaient à la fin de la thérapie. Les personnes qui rechutent retournent généralement voir leur thérapeute pour une aide supplémentaire, tandis que dautres sont moins enclins à le faire. Lexpérience clinique est ainsi biaisée, et le jugement basé seulement sur elle sous-estimera les bénéfices du traitement. Lexamen en détail des données de lévaluation du traitement confirme la tendance qui est évidente sur la figure ; les bénéfices sont stables pendant de nombreux mois mais déclinent lentement après, à un rythme estimé de 0.2 unités de taille deffet par an.
La troisième découverte, qui est que laccroissement des périodes de thérapie nest pas fortement associée avec un accroissement du bénéfice, demande un commentaire. Les variations dans le type de trouble et dans le type de thérapie ont probablement inhibé lapparition dune relation possible. Les études particulières tendent à se focaliser sur des patients présentant un éventail réduit de sévérité et de diagnostic. Les personnes avec des troubles de ladaptation qui se rendent à la consultation dun centre de santé mentale, les agoraphobiques traités dans une clinique de thérapie comportementale et les névrosés anxieux qui se présentent dans une clinique psychothérapique universitaire ont peu de probablité de se retrouver dans la même étude. Le premier groupe naura besoin que de quelques séances pour que la solution de leur conflit devienne claire. Le second groupe répondra à 10 ou 15 heures de thérapie comportementale, tandis que les névrosés anxieux, même dans une orientation de psychothérapie dynamique de résolution brève de problème pourront prendre de 30 à 50 heures. Tous les patients dans les trois groupes iront mieux dans une même proportion, mais ils auront nécessité des types de traitement et des durées de traitement différents.
Les codages utilisés dans cette étude ne permettent pas dexaminer directement la question. En dépit de ce problème, les données présentes démontrent une forte tendance à ce que des thérapies plus longues soient associées à une plus grande amélioration. Il a été estimé à partir dune régression linéaire de la relation entre les heures de thérapie et lamélioration que 100 heures de thérapie seraient associées à une taille deffet de 1.4, une situation dans laquelle létat du patient moyen traité serait meilleur que celui de 95% des patients non traités. Nous sommes daccord pour dire que cette relation est probablement non linéaire, mais il ny a pas de raison de choisir un modèle alternatif actuellement. Il y a peu de recherche sur les thérapies plus longues, et il est sûrement temps de soutenir plus de recherche sur de tels traitements. Les coûts social et économique des troubles de la personnalité et des névroses chroniques sont considérables; il semble naïf de croire que la psychot&eacuthe;rapie brève puisse être tout ce qui est requis ; évidemment, certains de ces états requerront un traitement prolongé et intensif. Il est essentiel que de tels traitements puissent être un axe central de recherche évaluative.
Conclusions
Kazdin et Wilson [94] ont insisté sur limportance de déterminer lefficacité relative de différentes thérapies et suggéré que les critères dévaluation tels que limportance clinique du changement, lefficience rapportée au coût et lacceptabilité par le patient devraient être considérés comme aussi importants que des critères traditionnels tels que la résolution de symptôme. Nous pensons que ces questions sont trop larges pour quil puisse y être répondu par la psychothérapie en général. La question la plus pratique est de savoir quel traitement produit le meilleur spectre de résultats pour un trouble particulier ? Quand la méta-analyse a été utilisée dans cette voie, pratiquement toutes les réponses spécifiques sont venues au premier plan [89,91]. Même avec la restriction concernant le diagnostic utilisée dans la présente étude, les réponses sont encore trop générales et ne permettent que la simple conclusion qui suit : elle est que chez des patients avec des névroses, des courtes périodes de psychothérapie verbale ou comportementale peuvent produire une amélioration significative qui persiste pendant au moins une année. Cette information est valable pour toute personne avec un conflit névrotique qui sintéresse à la psychothérapie. Elle est également rassurante pour le psychothérapeute qui se trouve sous la scrutation des agences gouvernementales et des assureurs.
Tableau 1. - Codifications utilisées dans létude
| Détail de la publication | année et type de la publication |
| Détails concernant lexpérimentateur | profession; expérience, année |
| Détails concernant le patient | âge, sexe, statut socioéconomique, intelligence, mode de recrutement |
| Détails concernant le traitement | |
| Verbal | Dynamique : psychodynamique, psychodynamique Adlérien, éclectique, hypnose |
| Cognitif : émotif rationnel, analyse transactionnelle, autres thérapies cognitives | |
| Comportemental | comportemental : modification du comportement, désensibilisation systématique, implosion |
| cognitivo-comportemental ; auto-gestion, conditonnement, renforcement, comportement éclectique | |
| Développemental | Conseil centré sur le patient ; développement personnel, conseil vocationnel ou indifférencié |
| Détails concernant le cadre du traitement | : patient hospitalisé ou ambulatoire ; individuel, groupe, famille ou autre ; heures de thérapie ; semaines de thérapie |
| Construction de létude | |
| Distribution des patients | aléatoire, mélangée, autre |
| Validité interne de létude | fiabilité de la mesure de résultat, patients perdus durant létude, intervalle de traitement et dévaluation, menaces sur la validité interne, évaluation en aveugle |
| Type de résultats mesurés | peur-angoisse; estime de soi, mesures et échelonnage de ladaptation globale, indicateur de vie dadaptation, traits de personnalité, addiction, troubles émotionnels-somatiques, comportements sociopathiques, comportements sociaux, accomplissement au travail ou à lécole, développement personnel et vocationnel, mesures physiologiques du stress, autres. |
Taille deffet moyenne pour chaque type de traitement
| Superclasse et Classe | Nombre de Tailles deffet | Moyenne (SE) |
| Verbal | 95 | 0.74 (0.05) |
| - Dynamique | 90 | 0.72 |
| - Cognitive et gestalt | 5 | 1.20 |
| Comportemental | 110 | 0.97 (0.06) |
| - Comportemental | 103 | 0.99 |
| - Cognitivo comport. | 7 | 0.74 |
| "Developpemental" | 56 | 0.35 (0.06) |
| - Centré sur le client | 31 | 0.39 |
| - Conseil | 25 | 0.31 |
| Placebo | 28 | 0.55(0.06) |
| Non classable | 3 | |
| Total | 292 | 0.72 (0.03) |
Qu'entend l'auteur par " neurotic " patients ? : sagit-il de névrosé au sens de " normal " ? de symptômes névrotiques ? de structure névrotique ? de névrose maladie ? de névrose - conflit ?
Les patients qui consultent psychiatre, psychologue ou enseignants sont-ils les mêmes ?
Peut on mettre sur le même plan psychothérapie dynamique, comportementale, de développement, de conseil ?
Comment faire une évaluation sérieuse en l'absence de données sur la sévérité ou le diagnostic.
Les vraies questions posées par l'article : - Est -ce que les psychothérapies ne bénéficient qu'à ceux qui vont globalement bien ? ; Existe -t-il une relation entre le nombre d'heures de traitement et l'amélioration ? - Combien de temps les bénéfices obtenus durent-ils ? Y-a-t-il une "évidence convaincante de l'efficacité des psychothérapies ? si les " vraies "psychothérapies donnent les mêmes résultats que les " fausses " : un an de répit, pourquoi entreprendre une formation longue et couteuse ?
Questions de stratégie économique: -"Chez des patients avec des névroses, de courtes périodes de psychothérapie verbale ou comportementale peuvent produire une amélioration significative qui persiste pendant au moins une année. Ce résultat est rassurant aussi bien pour les patients que pour les professionnels soumis à la scrutation des agences gouvernementales et des assureurs".
-" les critères dévaluation tels que l'importance clinique du changement, l'efficicence (au travail ?) rapportée au coût et l'acceptabilité par le patient devraient être considérés comme aussi importants que des critères traditionnels tels que la résolution de symptôme.
En définitive, cette étude témoigne de l'aptitude au transfert de personnes en proie au " conflit (normal) névrotique. Le risque serait d'en déduire que quel que soit le choix thérapeutique " ça marche " et donc d'aller au plus économiquement acceptable en terme de durée, de politique de formation des "thérapeutes". Le fait que les résultats ne persistent pas ne risque-t-il pas d'augmenter la résistance au traitement, le découragement et le passage à la chronicité ? Si l'objectif se situe au niveau du sujet économique, de sa place dans le système de production et de sa rentabilité à court terme, cette étude est instructive. Elle reste également valable dans les résistances ultérieures aux traitements et la nécessité dans une économie peu florissante d'accroître les arrêts maladies plutôt que de gonfler les chiffres du chômage, ce qui nest pas bon pour le moral de la population. Quant au coût affectif pour le sujet souffrant, sa famille, son environnement, comment se chiffre t-il en termes de santé publique ? On voit donc que l'objectif de ces évaluations des psychothérapies, sous couvert de recevabilité "scientifique" pose dénormes problèmes éthiques en fonction du destinataire : Usager, professionnel, Sécurité Sociale, Mutuelle, Assureur.
Dernière mise à jour : mardi 15 octobre 2002 9:46:52
Dr Jean-Michel Thurin
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